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Kuissu Siméon « L'opposition camerounaise va aux élections sans préparation » Print E-mail
Published by Camer.Be   
Sunday, 17 August 2008

Hugues Seumo

ImageOn ne présente plus Siméon Kuissu . Les Camerounais ainsi que de nombreuses personnalités et institutions à travers le monde le connaissent, grâce à ses prestations intellectuelles.. La presse nationale et internationale en particulier Camer.be ont été habitués à ses écrits. Installé depuis des années en France où il  est médecin à Berk Sur Mesk, Spécialiste des maladies respiratoires, cet intellectuel prolifique suit et observe sans relâche la situation de son pays, même s’il se sent dégoûté et révolté par les pratiques malsaines qui fondent la politique du pouvoir en place au Cameroun. Depuis Paris, nous l’avons sollicité pour commenter l’actualité politique de l’heure au Cameroun. Il dresse au micro de Camer.be le panorama de la situation politique nationale

Merci Docteur de nous recevoir. Nous vous avons connu très actif sur le plan politique depuis quelques années. Qu’est ce que vous êtes devenus ?

Je suis toujours actif, et aujourd’hui plus encore auprès de chief Mila Assouté et continue à m’investir dans les recherches des voies et moyens nécessaires à un véritablement changement au Cameroun.

Tout récemment nous avons lu plusieurs de vos communications dans lesquelles vous vous prononciez contre la modification de la constitution du Cameroun. Avez été satisfaits de vos actions menées sur le plan interne et au niveau de la diaspora ?

Il faut d’abord rappeler que nous étions fermement contre cette modification constitutionnelle non pas contre l’aspect juridique mais plutôt l’aspect politique. Nous avons pensé que cette modification n’était pas bonne plus précisément en ce moment car cela ressemblait trop à un désir de s’approprier définitivement le pouvoir politique par le président Paul Biya. Nous avons mené des actions pour manifester notre désapprobation haute et forte. Outre les communiqués, nous  avons organisé des réunions au Cameroun et à Paris avec des camarades.

Parlant justement de la diaspora camerounaise, êtes vous au courant de l’activisme politique de cette diaspora ces dernières années ?

Il y a des réunions, des conférences organisées par ci par là par de multiples regroupements politiques ; C’est bien mais il faut arriver à une action collective sans doute. Nous souhaitons que nos compatriotes suivent l’appel lancé par Chief Mila pour un changement véritable.

Est-ce que ces regroupements vous tendent de temps en temps la main ?

Ils m’informent de temps en temps comme tous  les Camerounais et par là je suis au courant de tout. De temps en temps nous sommes sollicités et nous ne manquons pas à  participer à toutes les activités salvatrices pour le Cameroun. Donc nous sommes informés de tout.

Quels sont par exemple  les mouvements qui vous informent de leurs activités ?

Il y en a en Belgique, Londres, Paris, en Allemagne, aux Etats Unis d’Amérique. Je sais qu’il y a beaucoup de groupes de camerounais qui sont actifs pour la cause de leur pays. Moi je ne peux pas vous citer tel ou tel autre groupe.

Qu’est ce vous pensez de cette diaspora patriotique Camerounaise ?

Il y a deux  aspects dans cette diaspora. La première  et qui me fait plaisir c’est de voir  que des jeunes s’engagent comme je l’ai fait il y a longtemps. Je vous rappelle que je suis engagé dans la lutte politique depuis 1971 quand Ernest Ouandié avait  été arrêté et assassiné. Nous étions à l’époque jeune et très actifs. Aujourd’hui, je suis content de voir que des jeunes sont engagés dans la lutte politique. Deuxièmement, ces jeunes pêchent dans l’enthousiasme et la jeunesse. Je voudrais surtout leur dire d’essayer de s’inspirer de l’exemple de ceux qui ont plus d’expérience dans le temps qu’eux. Qu’ils soient également plus réalistes dans leur activité.

Vous avez connu Ernest Ouandié. Pouvez vous revenir sur ce grand passé historique du Cameroun avec l’activisme de Um Nyobé, Ernest Ouandié, Moumié, Kingué .. Qu’est ce qui  pouvait expliquer leur détermination et leur conviction politique ?

Quand on parle du passé du Cameroun, il y a beaucoup à dire. Depuis 1948 et même bien avant, il y a eu des pionniers qui se sont engagé dans la lutte contre le colonialisme d’abord, contre le néocolonialisme ensuite et  maintenant contre le pouvoir de Monsieur Paul Biya. C’est une lutte perpétuelle. Je me rappelle en 1971 j’étais encore tout gamin, on disait à la radio qu’on avait arrêté des maquisards, par la suite j’ai compris que c’en était pas un.

Quels sont ceux qui étaient considérés comme des maquisards à l’époque ?

Pour me résumer rapidement car c’est bon pour ceux qui n’ont pas vécu cette histoire. L’UPC [Union des Populations du Cameroun ndlr] est crée en 1948 par Um Nyobe, Ernest Ouandié, Kingue Abel, Moumié et d’autres ont fondé l’UPC. Ils  revendiquaient l’indépendance et l’administration coloniale a refusé. En 1955, l’UPC a été dissoute et dès cet instant ils sont entrés en lutte clandestine armée contre le  pouvoir colonial d’abord  et contre le pouvoir Ahidjo ensuite. Les membres de l’UPC sont cachés dans les forêts et combattent dans les villes et les campagnes aussi. On les appelait ainsi maquisards. C’est de leur combat que nous avons obtenu ce que nous pouvons appeler  l’indépendance du Cameroun. Mais pour des raisons que nous savons la lutte  ne s’est pas arrêtée là  puisque par la suite l’indépendance a été déformée.

A ce jour, installé à Paris, avez-vous pensé un seul instant de retourner au pays pour continuer avec ce que les aînés ont entamé pour la libération du Cameroun ?

Si je suis revenu en France c’est parce que comme beaucoup de gens de ma génération, nous  avons constaté qu’en retournant  au Cameroun, on n’arrivait pas à faire  ce qu’on était venu faire c’est-à-dire apporter toute notre contribution  au progrès  du pays. On a estimé qu’il fallait prendre du recul pour pouvoir revenir avec plus de détermination et d’efficacité. Je suis disponible à mettre toute ma compétence, toute ma connaissance au  service d’un changement  démocratique.

Quel est le conseil que vous pouvez prodiguer à tout camerounais de la diaspora qui compte retourner au Cameroun ?

Pour tous les Camerounais de la diaspora, la première chose que je dirais c’est qu’il n’y a pas d’influence de position géographique dans laquelle on se trouve dans le monde par rapport à l’engagement patriotique. Où que vous soyez, vous pouvez vous engager et être efficace pour votre pays si vous le désirez. J’ai souvent  entendu des gens dire que nous sommes à l’étranger et que nous ne pouvons  rien faire pour notre pays. Ne serait ce que sur le plan économique, il a été démontré que la diaspora  a une grande influence sur  le plan économique.
Deuxièmement, si on veut rentrer au Cameroun, il n’y a que deux possibilités. Soit vous rentrez à titre individuel, là je n’ai pas de leçon à donner. Si  on veut rentrer pour contribuer au progrès, il faut d’abord  compter avec les forces politiques qui existent et qui sont en œuvre pour que ce ne soit pas le retour d’un individu mais d’une force, d’une nouvelle conception de la politique et du progrès.

Chief Mila Assouté disait récemment dans l’une des ses interviews accordées à Camer.be que si toutes les conditions sont réunies pour une élection libre et transparentes, il se porterait candidat aux élections présidentielles prochaines. Etes vous sur la même longueur avec le CODE qui pense que seule l’insurrection populaire pourrait être la solution pour faire basculer le pouvoir de Yaoundé ?

A moins qu’ils aient évolué dans leur position, ce que disent les gens du Code est différent de ce que pense et dit Chief Mila Assouté. Les gens du Code ne veulent même pas entendre parler des élections. Ils tiennent des discours assez violents, ils disent pas d’élection voilà leur discours et je me dissocie totalement de ce discours.

Ils existent quand même des faits réels qui parlent en leur faveur…

Sur ce plan, je suis bien placé pour répondre. Je le dis depuis au moins depuis 2003 /2004. Pourquoi l’opposition camerounaise n’a pas jusqu’à présent réussi aux élections ? Premièrement, elle a réussi malgré tout en 1992. Fru Ndi  aurait pu être président de la république au Cameroun s’il avait été un homme politique  d’une autre envergure. Il n’a pas su exploiter sa victoire. Deuxièmement, l’opposition camerounaise va aux élections sans préparation. Ça fait des années que nous disons que pour aller aux élections, il faut toute une ingénierie électorale qui commence depuis l’inscription sur les listes électorale en passant par la surveillance des bureaux de vote jusqu’aux relations politiques nationales et internationale pour aller aux élections. L’opposition est toujours allée aux élections de façon artisanale et de cette manière, elle ne peux pas tirer une conclusion sur la valeur des élections tant qu’elle n’a pas été jusqu’au bout du processus électoral. Je ne suis donc pas du même avis avec ceux qui disent que l’élection ne sert à rien.

Il y a le Docteur Hilaire Kamga, spécialiste en matière électorale qui pense que Elecam n’est pas une bonne chose telle  que présentée pour le moment aux camerounais.

Je ne dis pas le contraire. Ce n’est pas une question de Elecam qui inquiète ... Je pense que l’opposition en tant que telle n’a jamais été aux élections dans les bonnes conditions. Chez nous on conteste sans toute fois faire le bilan de nos activités, de sa stratégie ; qu’est ce que nous faisons pour réussir dans notre processus ? Voila la question  qui se pose à l’opposition camerounaise.

Qu’est ce que vous proposez à l’opposition camerounaise pour remédier à ce manquement ?

Nous sommes entré depuis 1991 dans un processus démocratique ouvert dans lequel on accède au pouvoir par les élections. Si nous y sommes en comprenant ce que ça veut dire, nous devons mettre en œuvre toutes les mesures possibles et fiables  appliquées dans les pays démocratiques pour aller aux élections. Avoir un parti ou une structure, préparer ses candidats, s’inscrire sur la liste électorale, veiller à ce qu’il n’ y  ait pas de tricherie sur les listes électorales, avoir des scrutateurs incorruptibles dans les bureaux de vote et contester les résultats si on n’est pas d’accord. C’est tout un ensemble de processus que l’opposition  camerounaise n’a pas su faire jusqu’ici. Il existe beaucoup de villes ou des villages du territoire national où l’opposition n’est même pas présente dans les bureaux de votes. L’opposition n’est active que dans les grandes villes du Cameroun….

Quelle est la lecture que vous pouvez faire sur la fameuse Opération  dite Epervier au Cameroun ?

L’Opération Epervier au Cameroun c’est de la poudre aux yeux. Elle est bonne dans son concept mais quand on commence avec les enquêtes et constate qu’il y a quelque part quelqu’un placé là haut et dès qu’il est impliqué, on arrête avec les enquêtes, ce n’est pas sérieux. J’ai remarqué que souvent ceux qu’on arrêtent et condamnent pour vingt, trente voire cinquante ans d’emprisonnement ferme, ce ne sont pas les seuls à détourner. Il en existe d’autres qui l’ont fait  à coup de très fortes sommes d’argent et qui sont tranquilles. La question que je me pose de façon naïve est celle-ci : pourquoi  deux personnes détournent des sommes d’argent puis on arrête l’un et laisse l’autre vaquer à ses occupations. Ça veut dire qu’il existe d’autres critères qui interviennent et sont mis en jeux. Quand vous regardez de très près, vous constatez que les personnes arrêtées ont tous des petits motifs politiques qui se cachent dans leur arrestation. On les arrête maintenant pour les mettre en prison pour 30, 40 voire 100 ans mais l’argent qu’ils ont volé est où ? Avez-vous déjà vu cet argent détourné revenir dans les caisses de l’Etat ? Si vous arrêtez par exemple quelqu’un parce qu’il a volé l’argent de l’Etat. Vous le mettez en prison pour l’éternité vous n’avez pas résolu aucune question. Il faut que vous disiez comment vous comptez récupérer cet argent sinon vous perdez le temps et pour rien. L’histoire des dictateurs voleurs a montré qu’on ne récupère jamais tout  mais on peut quand même commencer, montrer le bon exemple et on ne le fait pas au Cameroun.

Un dernier mot à l’intention de nos lecteurs ?

Il ne faut pas que la diaspora camerounaise désespère. Tant qu’on ne lutte pas, on ne peut pas espérer. Pour vraiment espérer, il faut lutter. Il faut que les Camerounais aussi bien de l’intérieur que de l’extérieure se tiennent debout  pour  s’engager, lutter et ils récolteront les fruits de leur victoire.

 
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